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L'ascension


Si vous n'avez pas lu la première partie ou la seconde partie cliquez les liens.


Il est 23h, mon réveil sonne mais je suis déjà éveillé. Je n'ai pas dormi contrairement à mes deux camarades mais je dois avouer que j'ai déjà passé des nuits plus difficiles en altitude. Pour une fois je n'ai absolument pas eu froid (un grand merci à Nicole pour le duvet, il est très confortable et très chaud) et j'ai réussi à contrôler ma respiration et ma déglutition pour ne pas avoir le mal de l'altitude. Je réveille mes camarades. JC, qui avait oublié son duvet, a dormi tout habillé entre deux matelas. Apparemment c'est une bonne technique car il dit ne pas avoir eu froid. Nous revêtons tout notre équipement et préparons les sacs-à-dos. Je n'ai pas très faim mais me force à manger un peu de pain et une barre chocolatée. Il faut aussi boire car même pendant la nuit nous nous déshydratons à 4 700 mètres d'altitude. Nous sommes prêts, il est minuit et nous sortons du refuge. Dehors le temps n'est pas très engageant. Il ne fait pas très froid (10°C) mais une fine pluie nous mouille immédiatement le visage, la seule partie exposée de notre corps. Je me sens légèrement nauséeux mais bien mieux qu'au cours de la dernière ascension du Chimborazo. Dans la nuit nous pouvons voir les quatre lumières du groupe parti quelques minutes avant nous. La première partie de l'ascension est un chemin assez bien tracé dans les cendres et les blocs de lave rougie par l'oxydation. Après un petit quart d'heure nous arrivons dans une zone légèrement dangereuse. Il faut monter à quatre pattes sur des rochers rendus glissants par la pluie et en faisant attention de ne pas faire tomber de cailloux sur son poursuivant. Cette partie a pour avantage de diriger notre attention sur la difficulté et la montée d'adrénaline me permet de perdre l'effet de brouillard que j'avais depuis le départ.


Cayambe 2010-03-21 01:14JC et Jorge sous la tourmente en approchant du glacier (21/03/2010, 01:14)


Après cette partie nous arrivons à un replat où nous retrouvons le groupe parti quelques minutes avant. Nous faisons une petite halte près d'une lagune malheureusement invisible dans cette obscurité. Le temps s'est légèrement éclairci et au sud-est nous apercevons les lumières de Cayambe et plus loin de Quito. Par contre un nuage persistant nous interdit une observation du sommet et de la route qui doit nous y mener. Nous repartons après avoir bu et mangé une pâte de goyave. Notre rythme est bon et en seulement une heure nous arrivons au pied du glacier. Il ne pleut plus mais la température a maintenant baissé à 3°C. Nous chaussons nos crampons et nous encordons un peu plus facilement que la veille. JC a un peu de mal à se repérer car un léger brouillard nous entoure et l'empêche de voir les points de repères, petits fanions ou cumulus de pierre, qui indiquent la route. Je suis second de cordée et Jorge est troisième car même si nous avons la même expérience il faut mieux que le plus lourd soit au milieu. Je me sens particulièrement en forme sur le glacier et n'ai aucun mal à suivre le rythme de JC à 8 mètres d'intervalle. Le terrain est fortement crevassé et nous devons faire attention à bien garder la corde tendue au cas où l'un de nous tombe. À plusieurs reprises nous nous assurons avec le piolet et les crampons pour que JC puisse passer une crevasse en sécurité. L'effondrement d'un pont de neige cachant une profonde crevasse est notre plus grande peur.

 

Cayambe 2010-03-21 05:53Cayambe 2010-03-21 05:53

Nos vêtements sont couverts d'une légère pellicule de glace (21/03/2010, 05:53)


Les nombreuses crevasses et le brouillard qui empêche JC de tracer un itinéraire plus direct nous font perdre beaucoup de temps. Cela fait maintenant deux heures que nous sommes sur le glacier et nous sommes à peine à 5 100 m d'altitude soit un peu plus du tiers de l'ascension. La température continue de baisser à cause du vent et Jorge souffre un peu du froid. Alors que je vais pour franchir une petite crevasse et que je marche exactement dans les pas de JC m'a jambe droite s'enfonce jusqu'au genou. J'arrive à sortir immédiatement et l'impact de mon genou contre la glace me fait plus de peur que de mal. Nous entrons alors dans une zone où le glacier est profondément perturbé. Les crevasses sont trop larges et trop profondes pour être franchies. JC cherche un passage sur la droite car il pense que nous avons dévié trop vers la gauche. Après plusieurs tentatives qui menèrent toutes à des cul-de-sacs infranchissables, il s'avère que nous étions trop sur la droite et nous devons alors redescendre un long chemin pour reprendre la route. Nous marchons sur le glacier depuis trois heures et demie (soit 4h30 de marche au total) et mon GPS affiche 5 170 mètres d'altitude. Les longues pauses pour tenter de trouver une route viable ou pour franchir des crevasses toujours plus larges commence à éroder notre motivation et à dangereusement refroidir nos corps. Nous ne sommes pas encore à la moitié de l'ascension et comme le temps ne se dégage pas nous ne voyons pas d'autre issue que le retour au refuge. Nous faisons alors demi-tour la mort dans l'âme car nous nous sentons physiquement très bien.


Cayambe 2010-03-21 06:08Photo de groupe au pied du glacier (21/03/2010, 06:08)


Après une petite pause technique, JC trace le chemin du retour en essayant d'éviter la zone des crevasses. Le brouillard se lève et nous comprenons que notre chemin était vraiment trop sur la droite. La descente est beaucoup plus rapide mais il faut toujours faire très attention et une seconde fois ma jambe droite s'enfonce jusqu'au genou dans une petite crevasse. La torsion du genou me fait un peu mal mais j'arrive à en sortir assez rapidement. En moins d'une heure et demie nous arrivons au pied du glacier. Comme le jour commence doucement à se lever nous prenons quelques photo-souvenirs avant de ranger les crampons et la corde. Nous prenons alors le temps d'apprécier le paysage. Le Cayambe est toujours couvert mais au sud nous pouvons admirer l'Antizana (5 750 m) et le Cotopaxi (5 898 m) la tête dans les nuages. À part un fort vent sur le plateau, de jour et par un temps moins humide, la descente ne présente pas de difficulté particulière. Nous arrivons finalement au refuge à 7h du matin légèrement fourbus mais quand même très heureux. La déception de ne pas avoir atteint le sommet est effacée par l'expérience de ces deux jours avec mes deux compagnons toujours de bonne humeur. Au retour à Quito nous nous arrêterons pour manger un bon Churrasco (pièce de bœuf avec un œuf dessus) et boire une grande limonade au Típico Locro de Guayllabamba à 11h du matin. Arrivé dans mon appartement, je vais directement me coucher et faire une sieste de six heures. La nuit blanche et les sept heures de marche à près de 5 000 mètres d'altitude m'auront quand même un peu fatigué... C'était notre tentative d'ascension du Cayambe, j'espère vous contez une tentative réussi la prochaine fois.


Cayambe 2010-03-21 06:14Cayambe 2010-03-21 06:20

Le sommet est toujours dans les nuages (21/03/2010, 06:14) et la falaise prend la forme d'un visage (21/03/2010, 06:20)

Tag(s) : #Ascensions et ballades

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