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Pour être franc, ce n'est pas le tremblement de terre en lui-même qui m'a réveillé (j'ai le sommeil assez lourd) mais le coup de téléphone de Marco, membre de la défense civile (ou secrétariat national de gestion des risques, cette agence change de nom comme l'Équateur change de président), à 5h30 du matin. Marco rapporte qu'il a senti le sol bouger dans son appartement au cinquième étage d'une tour d'habitation à Riobamba. Bon gré mal gré je me lève pour vérifier que le séisme n'est pas associé au volcan Tungurahua (ça arrive, mais c'est rare). En allumant les moniteurs des ordinateurs de surveillance je remarque immédiatement un signal sismique qui sature toutes les stations. Je téléphone alors à l'Institut Géophysique de Quito où la personne de garde m'informe qu'il s'agit d'un séisme de magnitude supérieure à 4 dans la région de Portoviejo, sur la côte équatorienne.

 

Sismographe 28-02-2010Sismographe (station courte période de Juive) où l'on peut distinguer clairement la trace du séisme de Portoviejo (28/02/2010).


La pauvre n'a même pas le temps de calculer la position de l'hypocentre et la magnitude de l'évènement qu'elle est assaillie de coups de téléphone lui demandant des informations, comme le mien. Je la laisse donc tranquille et retourne me coucher. Au final le tremblement de terre n'est que de 5,1 sur l'échelle de Richter (10:26 UTC; Lat. -1.3193; Long. -81.237; Prof. 41.53 km; Source : IGEPN). La question que je me pose maintenant c'est : en quoi ce séisme est-il différent de celui qui a frappé le Chili hier matin ? La réponse est pas grand chose quand à l'origine du séisme. Je m'explique : les deux séismes sont produits par la subduction de la plaque océanique Nazca sous le continent sud-américain à une profondeur similaire (41 km pour celui de Portoviejo, 35 km pour celui du Chili). Cependant, la comparaison s'arrête là car la magnitude et l'intensité des deux séismes sont radicalement différentes. La magnitude est une fonction logarithmique de l'énergie libérée par le séisme. Il est possible de calculer plusieurs types de magnitude (magnitude locale, de durée, de moment...etc) à partir des différentes ondes sismiques mais n'entrons pas dans trop de détails. Avec les données de l'USGS le séisme de Portoviejo a une magnitude de 5,3 et celui du Chili de 8,8 donc l'énergie libérée par le premier est près de 3200 fois moindre que l'énergie libérée par le second.


JICA 27 et 28-02-2010Différences des temps d'arrivée des ondes de compression (P) et de cisaillement (S) qui permettent de calculer la distance de l'hypocentre par rapport à la station sismique (Source : JICA-IGEPN, station large bande de Masón).


L'intensité d'un séisme est un paramètre subjectif qui prend en compte les conséquences du tremblement de terre et que l'on peut reporter sur différentes échelles comme celle de Mercalli. Bien sûr plus la magnitude du séisme est grand, plus il y a de chances pour que son intensité soit aussi grande mais ce rapport n'est pas proportionnel. Par exemple le séisme le plus puissant enregistré par des sismographes est celui de Valdivia au Chili en 1960 (9,5 sur l'échelle de Richter) mais a occasionné « seulement » la mort de 3 000 personnes. En comparaison, le séisme d'Haïti (7,0 sur l'échelle de Richter soit 316 fois moins d'énergie libérée que celui de Valdivia) a été beaucoup plus destructeur autant pour le nombre de victimes (plus de 230 000 au bilan actuel) que pour les dégâts occasionnés à l'ensemble des infrastructures du pays. Les facteurs qui influencent l'intensité sont nombreux et variés comme la proximité des populations à l'épicentre, la profondeur du séisme (les ondes sismiques s'atténuent avec la distance), la qualité des constructions ou encore les effets de site (fluidisation du sous-sol à Los Angeles par exemple). L'intensité du tremblement de terre de Portoviejo (au mieux un peu de vaisselle cassée voir une fissure dans un mur) et celle du séisme du Chili (plus de 300 victimes, 2 millions de sinistrés) sont donc très différentes pour deux raisons principales : la magnitude et la situation géographique de l'épicentre. En effet le séisme du Chili à eu lieu en mer, il a donc provoqué, en plus des dégâts sur le continent, une série de vagues qui ont déferlé dans tout l'océan Pacifique atteignant 1,2 mètres au Japon et 4 mètres aux îles Marquises.


Localisation 28-02-2010Localisation des séismes du Chili (27/02/2010) et d'Équateur (28/02/2010) (Source : USGS).


En conclusion, un séisme m'a réveillé ce matin mais heureusement sans plus de gravité. Un salut spécial et tout mon soutien à mes amis chiliens et leurs familles (Silke, Carolina, Jorge, Angelo et Carmen, Beto et Carolina).


Sources :

- Instituto Geofísico de la Escuela Politécnica Nacional de Quito (IGEPN) : http://www.igepn.edu.ec/

- Latest Earthquakes in the World (USGS) : http://earthquake.usgs.gov/eqcenter/recenteqsww/

- Japan International Cooperation Agency (JICA) : http://www.jica.go.jp/english/

- Plus d'informations géologiques sur le séisme : http://iisee.kenken.go.jp/special/20100227chile.htm


Tag(s) : #Un Peu de Science au Quotidien

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