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Aujourd'hui je partage avec vous ma première expérience de haute montagne avec mon copain Arno. C'était il y a maintenant 10 ans...

A l’attaque du géant de Riobamba

L'aventure que je vais vous compter n'a rien de pure folie. Tout le monde devrait vivre une fois cela.

Le grand jour : samedi 11 août 2001

Réveil automatique à 7 heures, je sais que j'ai tout mon temps mais je n'arrive pas à m'endormir à nouveau. Je pense, je pense à tout, je pense à la nuit prochaine. Je fais l'effort pour me décontracter complètement, muscle après muscle, je fais tourner chaque articulation. Je relâche tout, tout va bien. Sauf un petit mal au crâne, je me sens bien.

Il est 9 heures et nous décidons d'aller prendre notre petit-déjeuner. Nous partons ensuite retirer un peu d'argent car les deux prochains jours nous ont ruiné. Nous faisons un petit tour par Internet pour lire quelques rares messages qui nous réchauffent le cœur. Nous rentrons alors à l'hôtel pour effectuer les dernières préparations. L’excitation se mêle d'anxiété et d'appréhension. Je sais alors que cette nuit sera probablement l'un des tests physiques et mentaux les plus dures de mes 20 premières années. Je prépare méticuleusement mes sacs, je range tout proprement. Puis je m'habille, pour l'instant, j'ai deux couches en bas et trois couches en haut sans la veste et le pantalon thermique que nous prête l'agence. Dehors il fait chaud mais à 5000 mètres la température sera relativement plus fraîche. Je me repose sur mon lit et je parcours mon cerveau pour graver cet instant profondément dans ma mémoire. A midi, nous mangeons encore des sucres lents : riz. Je commence un peu à saturer du riz mais c'est ce qu'il y a de plus nutritif ici et de moins cher.

A 12h30 nous arrivons à l'agence Alta Montaña. Tout est prêt mais le guide qui devait nous accompagner a eu un accident. Nous devons partir pour le premier refuge qui se trouve à 4800 mètres seuls en taxi et un autre guide nous rejoindra plus tard. Je n'aime pas trop cette idée mais nous partons quand même. Sur le chemin du refuge, nous découvrons un paysage tout autre que celui de Riobamba. Dans un premier temps nous traversons un paysage de hautes collines où broutent de paisibles moutons. Ce paysage herbeux, balayé par le vent impose la sérénité. Plus nous montons, plus le paysage se dégarnit. Aux moutons, succèdent les troupeaux de lamas. Ces bêtes, au regard étrange, ne prêtent aucune attention à notre passage. Dans un virage, nous faisons notre première rencontre avec le monstre. Il nous domine de ses 6310 mètres, c'est le volcan Chimborazo. Son allure en impose, il semble tellement proche. Le volcan Tungurahua, qui crache des cendres depuis plusieurs jours, a recouvert le Chimborazo d'une couche noirâtre et lui donne une figure patibulaire. Rapidement, nous nous trouvons sur des plateaux à plus de 3800 mètres, il ne reste plus qu'une végétation d'arbustes et de plantes bizarres. Dans ce paysage lunaire, à la limite du désert minéral, nous faisons une rencontre imprévue. Il s'agit de vigognes, ces animaux ressemblent aux lamas mais ils sont plus fins et encore plus étranges. Ce sont sûrement les seuls mammifères de grande taille à vivre à plus de 4300 mètres d'altitude. Le temps est dégagé et nous ne pouvons détourner le regard du Chimborazo qui ne semble pourtant pas se rapprocher de nous. Après notre entrée dans le parc national, nous nous approchons enfin du monstre. Nous arrivons alors au premier refuge qui se trouve à 4800 mètres (l'altitude du mont Blanc). Nous sommes légèrement surpris car l'altitude ne nous gêne pas. Il fait chaud et nous partons alors pour le deuxième refuge à pieds. Sous nos vêtements thermiques, il fait très chaud et nous suons à grosses gouttes en portant le matériel nécessaire à l'ascension. Les 200 mètres de dénivelé pour arriver au deuxième refuge sont avalés en 35 minutes. Au refuge Whymper nous posons nos affaires et partons faire une petite balade pour nous habituer au matériel. Il est très dur de marcher dans les scories qui glissent sous nos pieds et je me dis alors que l'ascension sera vraiment très dure. Je remarque aussi que je m'essouffle très vite. Après une petite heure de balade, nous rentrons au refuge, il est 16 heures. Nous attendons notre guide tout en parlant de la future ascension. J'appréhende énormément le mal des montagnes car je ne suis bien sûr jamais allé aussi haut.

A 18 heures notre guide arrive enfin. C'est le patron de Alta Montaña. Il doit avoir près de 40 ans. Il a déjà gravit 28 fois le Chimborazo et en tout cela doit faire sa soixantième ascension. Je peux enfin me décontracter un peu. Après un repas dur à ingérer (encore du riz après une soupe à l'oignions) nous allons vite nous coucher. Il est 18 heures 45. Il fait beaucoup plus froid la nuit et je n'arrive pas à dormir. Entre angoisse et nausée, je ne sais pas ce qui m'empêche de dormir. Peut-être est-ce cet anglais qui ronfle bizarrement ? En tout cas c'est sûrement une des pires nuits de ma vie. Le mal de tête et la nausée ne me rassurent pas et les 4 heures au lit me semblent infiniment longues.

A 23 heures, nous nous levons. J'ai vraiment beaucoup de mal à me tenir debout et il m'est très difficile de préparer mes affaires. J'ai envie d'aller aux toilettes mais la description que m'en fait Arno m’en dissuade. Après avoir enfilé ma combinaison thermique et mes coques plastiques (presque des chaussures de ski) je vais uriner dehors. La nuit est magnifique, le ciel est dégagé et les étoiles sont plus brillantes que jamais. C'est la première fois que je vois une nuit aussi belle. Je rentre au refuge pour manger mon petit déjeuner mais une envie subite de vomir me prend. J'ai à peine le temps de ressortir que le riz de la veille est parterre. C'est très dur de vomir et de reprendre son souffle à 5000 mètres d'altitude. Je rentre et je mange une banane, puis un pain. On nous apporte ensuite une bouillie de mil. C'est très énergétique mais pas très bon. J'explique au guide ce qui m'est arrive et que je vais mieux maintenant, il me dit que cela arrive fréquemment et ça me rassure. Nous finissons de nous préparer : piolet, gants, lumière, bonnets et passe-montagne.

Il est minuit et nous partons enfin. La grande aventure commence. Nous sommes la première cordée. La première partie est dans un pierrier très glissant, nous ne sommes pas encore encordés mais la montée est dure. J'ai beaucoup de mal à prendre correctement mon souffle et à chaque arrêt c'est une petite délivrance. Je n'ai presque plus la nausée, tout va mieux. Le rythme est soutenu mais j'arrive à suivre. Arno semble n'avoir aucune difficulté. Mon passe-montagne m'empêche un peu de respirer et ma veste est trop serrée, il fait chaud.

Au bout d'une heure et demie nous arrivons enfin au niveau des neiges éternelles, je suis content. Je perds mon premier crampon en essayant de le mettre mais le guide (Rodrigo) arrive à le retrouver. J'ai du mal à mettre mes crampons car c'est une génération avec lanières peu pratique à enfiler dans cette pente glacée. On s'encorde enfin. Je suis deuxième de cordée. Nous commençons l'ascension, c'est très glacé mais les crampons et le piolet sont des appuis sûrs. Premier passage difficile, il s'agit d'une petite barrière rocheuse de 1,5 mètres de haut. Je me fais un peu peur mais nous la passons quand même. A la neige, succède la glace, de nouveau des pierriers, de nouveau de la glace. C'est dur mais je préfère ça au pierrier et j'ai un bon rythme. Arno a un peu plus de mal et à un moment il chute. J'applique ce que nous a appris le guide, je plante profondément mon piolet dans la glace avec le poids de mon corps et mes crampons aussi. La tension de la corde s'équilibre entre le guide, Arno et moi. L'incident de faible gravité est maîtrisé. Nous continuons la montée et les Italiens qui se trouvaient derrière nous nous doublent, ils ont l'air très expérimenté.

Tout à coup, à un passage qui ne semblait pas particulièrement difficile, notre guide tombe. En effectuant la même technique que tout à l’heure, nous arrivons à le retenir, c'est beaucoup plus dur car il a déjà acquis une certaine vitesse. Tout va bien mais il a perdu un crampon et sans ce précieux objet, la poursuite de l'ascension est compromise et la sécurité de la corde est diminuée.

Même pas peur (suite de l'attaque du géant de Riobamba)

Il est 2 heures du matin, notre guide a perdu un crampon, nous n'avons pas pris le chemin normal, les piles de nos lampes sont presque hors d'usage : tout va bien. A 5500 mètres d'altitude, rien ne peut nous arriver.

Le but est maintenant de retrouver ce crampon sans mettre en péril nos frêles vies. La paroi que nous étions en train de franchir est recouverte de glace possède une pente d’au moins à 40°. Le piolet et les crampons sont alors nos seuls alliés. Par chance, Arno se trouve en plein dans un ruisseau gelé lorsque le guide tombe ce qui lui permet de garder le sang froid. Nous commençons donc une descente plus que périlleuse avec deux manchots et un boiteux. C'est le moment précis que prend Rodrigo pour tomber une deuxième fois. Pas de chance, nous le rattrapons à nouveau. Rodrigo se reconcentre un petit peu et du haut de ses 16 ans d'expérience en tant que guide de haute montagne réussi à se stabiliser et reprendre des appuis. L'interminable descente commence alors. Devant, Rodrigo ne cesse de répéter: "fucking crampons" tandis qu’Arno jure derrière car il n'a plus de lumière et qu'on ne lui dit pas exactement où mettre les pieds. Au milieu de tout ça je m'énerve sur l'un et sur l'autre ce qui ne fait pas avancer les choses.

La descente est longue, très longue et nous avons perdu tout espoir de retrouver le crampon. A celui-ci, s'ajoute un bâton de marche que Rodrigo perd par inadvertance. Nous sommes énervés contre lui car il fait preuve de beaucoup de maladresse et le chemin qu'il nous fait prendre semble inventé à son bon vouloir. Presque perdus dans une montagne que nous voyons de près pour la première fois avec un guide qui semble lui aussi la découvrir, nous ne sommes pas très rassurés quant à notre expédition.

Après deux heures de jurons et de stress, nous approchons enfin une partie connue. Je me demande quel détour nous avons bien pu faire. Nous entrons à nouveau dans le pierrier où je chute coup sur coup. Lors d'une chute un peu plus sévère je prends un bon coup sur la fesse gauche et la cuisse droite. Ceci entraîne chez moi un regain de colère et de haine envers l'univers. A ajouter à la descente, je recommence à avoir la nausée. Quelques mètres plus loin, alors que Rodrigo vexé de n'avoir pu mener à terme cette expédition et Arno fatigué de devoir m'attendre sont loin, je vomis une seconde fois. Ayant le ventre vide, c'est d'autant plus dur. Comme pour me réconforter, la lune apparaît par magie derrière le Chimborazo accompagnée par une myriade d'étoiles filantes. En arrivant au refuge Whymper en rampant comme une larve vers les 6 heures du matin, je me dis que pour une journée extraordinaire, c'est vraiment une p… de journée extraordinaire alors que le soleil se lève sur le Chimborazo comme un défi.

Rodrigo nous dit alors que si nous voulons, nous pouvons refaire l'ascension gratuitement (normal sachant que c'est totalement de sa faute). Pour voir d'autres paysages je lui dis que nous préférerions faire le Cotopaxi à la place. En attendant la réponse et le taxi qui doit nous ramener, nous partons pour le premier refuge où Rodrigo s'égosille à appeler le gardien qui n'est pas là, il est 7 heures. Après qu'il eut ouvert une porte au piolet, nous entrons pour nous coucher dans une petite salle où quatre lits, dont un sans matelas ni sommier, se partagent le prix de l'excellence de la literie. Nous sommes tellement fatigués que rien, même cette vision, ne nous empêche de nous affaler. Au bout d'une petite heure à trembler comme une feuille, je me décide enfin à prendre mon duvet, que d'effort intellectuel!!

Il est 11 heures et notre taxi arrive enfin. Nous rangeons les affaires et nous partons pour Riobamba. Là-bas, Rodrigo nous propose de faire le Cotopaxi avec un autre français et deux guides. Évidement nous acceptons sur-le-champ sans demander plus d'information que la gratuité de l'offre et l'heure du rendez-vous. Nous repartons alors content d'avoir gagné un trek gratuit et nous nous effondrons sur notre lit à l'hôtel Whymper.

Ainsi se finit une journée où nous n'avons même pas eu peur.

Mais demain commence une autre aventure...



Tag(s) : #Ascensions et ballades

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